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En 2016, l’Ukraine a été nommée pays le plus corrompu d’Europe par le rapport de la Cour des Comptes Européenne. Dans un pays où le gouvernement actuel a été mis en place suite au soulèvement populaire de Maïdan en 2014 qui portait comme principale revendication la lutte contre la corruption, où en est la lutte contre la corruption ? Si la réforme anti-corruption lancée en 2014 doit prendre fin en 2018, les résultats sont loin d’être probants. 

 Une corruption endémique

En octobre 2017, près de 5000 ukrainiens, dont l’ex-président géorgien et ex-gouverneur de l’oblast d’Odessa Mikheil Saakachvili ont manifesté devant le parlement ukrainien, la Rada, contre la corruption. L’étude « Baromètre de la corruption mondiale 2016 » diffusée par Transparency International montre que la corruption est en effet l’un des trois problèmes majeurs de l’Ukraine. Selon cette même études, 29% des sondés sont prêts seulement à arrêter les pots de vins alors même que l’accroissement des richesses des élites indigne la population.

En 2016 a été mis en place un système de déclaration électronique sous la pression des institutions internationales, notamment du FMI. Les hommes politiques du pays ont dû déclarer leur patrimoine, puis les informations ont été mises en ligne. Les députés touchant officiellement 600€ par mois, la plupart de leurs acquisitions de biens reste inexpliquée, et pour la population ukrainienne et les observatoires, le signe d’un enrichissement illégal. Par exemple, un des députés a déclaré à seulement 27 ans, posséder quatre montres suisses, 200 000€ en liquide, une collection d’art et comme seul revenu, son salaire de député (reportage Wikileaks/France 24).

L’économiste Andriy Novak révèle que les sommes détournées par les élites représenteraient environ 15% du budget national. Selon lui, la moitié de l’économie ukrainienne serait souterraine, échappant à toute taxation. Au total, rien que l’argent en liquide détenu par les députés représente un quart du budget de la défense en Ukraine alors qu'une majeure partie de l'aide financière allouée à l'armée est  récoltée auprès des populations civiles.

Mais la corruption ne vivote pas que parmi les élites. Elle se vit également quotidiennement. Que ce soit pour obtenir une ordonnance médicale, un certificat de conformité ou la validation d’un examen, la personne concernée se retrouve souvent obligée de donner une compensation financière. Et parfois, elles s’accumulent, notamment à l’ouverture d’un commerce par exemple. Sous menace de vandalisme ou de dénonciation de non-conformité par plusieurs groupes (policiers, pompiers), le propriétaire se retrouve alors dans l’obligation de « donner une contribution ».

Un pari risqué pour la sécurité

La corruption est également un mécanisme vicieux dont la population se sert. Pour éviter de payer des taxes à l’importation (représentant 30%), un petit commerçant peut s’adresser à des sociétés d’import-export. Ces sociétés trafiquent les codes des douanes, ce qui permet de faire passer ou sortir des containers illégalement et sans contrôle. D’où l’énorme danger que cela peut représenter, comme ces containers peuvent contenir des armes ou de la drogue.

Cette problématique suscite également des réactions de la part de la communauté internationale, qui craint la mise en place de zones de non-droit. Johannes Hahn, commissaire de l’Union Européenne pour la Politique régionale et l’intégration européenne déclare ainsi au sujet de la corruption que « la communauté internationale perd de plus en plus de patience ». La corruption en Ukraine et sur le plateau est-européen inquiète également les politiciens outre-Atlantique : Joe Biden a appelé le gouvernement ukrainien à placer en détention au moins un fonctionnaire corrompu par an.

La lutte anticorruption, un sujet tabou ?

Le 8 décembre 2017, le président de la Commission Parlementaire de Prévention et de Répression de la Corruption Yegor Soboliev a été démis de son poste par un vote de l’Assemblée ukrainienne, la Rada. Il déclare alors « je pense que mon éviction est au contraire un signe du succès de la lutte anticorruption » : pour lui, la Rada ne souhaite pas voir se concrétiser la lutte anticorruption qui a débuté avec l’affaire des e-déclarations.

Mais plusieurs mesures ont pourtant été mises en place. D’abord, des institutions, comme le Bureau National de la lutte contre la corruption ou encore Agence nationale de la prévention de la corruption. Le gouvernement a également lancé une informatisation des procédures afin d’enrayer les processus de corruption. Le système d’ordonnances électroniques devrait ainsi permettre d’économiser 70 millions d’euros. En effet, selon Transparency International, 67% des sondés versent des pots de vins aux médecins.

Le progrès dans la lutte anticorruption reste tout de même difficile. Le projet de loi sur la transparence a par exemple été adopté seulement à la cinquième tentative. Les hauts fonctionnaires continuent de freiner les mesures anti-corruption : ils sont nombreux à s’être opposés à l’introduction du système des déclarations électroniques ou ont retardés le processus des réformes.

Des ONG s’engagent pour dénoncer cette opposition. L’ONG Société Ouverte de l’Ukraine fait pression sur les autorités lorsqu’elles n’engagent pas de poursuites judiciaires en cas de pot de vin par exemple. Mais la lutte ne pourra véritablement débuter qu’avec le soutien de la société civile. Selon Oleksandra Matviychuk, qui dirige l’ONG Le Centre des Libertés Civiles, déclare ainsi que « [la société civile] peut pousser le gouvernement dans ses retranchements grâce notamment aux réseaux sociaux ».

Le problème reste celui du système judiciaire corrompu

Si le soulèvement de Maïdan a dévoilé aux yeux de la communauté internationale le problème de la corruption qui exaspère la population, pas un seul haut fonctionnaire a été condamné. L’inefficacité des processus de luttes anticorruption tient à un système judiciaire corrompu. Car si la réforme judiciaire est officiellement en cours, elle est lente voir inexistante. Nazar Kholodnitski, procureur anti-corruption, craint d’envoyer des affaires devant des tribunaux, car ils s’avèrent souvent incapables de les juger. Pour lui, la solution est que l’Ukraine se dote d’un tribunal spécialisé dans les affaires d’anti-corruption avec un personnel indépendant et incorruptible.

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